«Rouleurs» de mécanique de père en fils
FABRIQUE La petite PME familiale affiche sa quatrième génération au compteur. A Ouchy, l’atelier de mécanique s’est spécialisé dans les vannes pour laborantins.
ÉLISABETH NICOUD
Publié le 07 août 2006

FAMILLE: Sébastian Homberger et son père marchent dans les pas de leurs ancêtres. C’est l’arrière-grand-père de Sébastian qui avait fondé l’entreprise en 1948. / JANINE JOUSSON |
C'est l'un des derniers ateliers lausannois à avoir pignon sur rue. A quelques encablures d'Ouchy, Homberger Mécanique SA vit au rythme de l'été. Ce sont les vacances; la production tourne quelque peu au ralenti. L'occasion pour Georges, 61 ans, et Sébastian Homberger, 35 ans, de se replonger dans le parcours de la PME familiale fondée en 1948 par Emile Homberger. A l'avenue d'Echallens, d'abord, puis dès 1956, à la rue du Lac, ce mécanicien de précision zurichois ayant sauté sur l'occasion de racheter l'immeuble qui abrite aujourd'hui encore la petite industrie.
L'histoire des Homberger est intimement liée au fabricant de machines-outils Bobst. L'arrière-grand-père, qui y a travaillé une vingtaine d'années, se laisse convaincre par son fils, lui-même sorti d'un apprentissage chez le fabricant vaudois, de monter une affaire indépendante. «Ils se sont dit qu'ils allaient se faire plus d'argent pour moins de travail», plaisante Georges Homberger. Il faut dire qu'à cette époque, dans les glorieuses années 50 et 60, cette industrie se portait comme un charme en Suisse romande, fournissant de nombreux travaux de réparations à la famille.
Numérisation accrue
C'est donc tout naturellement que Georges Homberger suit les traces de son père et de son aïeul. C'était en 1968. «J'étais tombé dedans tout petit déjà, se souvient-il. Il n'y avait pas l'ombre d'un doute.» Reste que ce deuxième tandem père fils ne se passera pas sans anicroches. Notamment lorsque Georges Homberger reprend la direction de l'atelier, en 1988. Un passage à témoin mal vécu par son père, qui s'ensuivra d'une grosse brouille, «comme il en existe dans toutes les familles», relativise sobrement Sébastian Homberger. Ce dernier a rejoint son père il y a dix ans, lui aussi après un apprentissage chez Bobst, mais en tant que dessinateur en machines cette fois, et après avoir tenté de monter sa propre entreprise de snowboards.
Avec le jeune homme, qui représente ainsi la quatrième génération, la répartition des rôles semble s'être faite en douceur. En raison aussi, peut-être, de la présence accrue de la numérisation dans les activités de mécanique cette dernière décennie - notamment la CFAO, la conception et fabrication assistée par ordinateur. Une modernisation de la gestion de la production dont se charge Sébastian tandis que son père s'occupe de la formation des trois apprentis polymécaniciens ou des pièces à usiner ou à fraiser sur les machines dites conventionnelles.
Production variée
«Les machines numériques, qui ont nécessité de lourds investissements, ont passablement fait évoluer la branche. D'une part au niveau du personnel, moins nombreux mais plus spécialisé, et d'autre part, sur la clientèle, qui s'est diversifiée.» Avec quelque 150 clients, dont une cinquantaine de réguliers, l'atelier lausannois peut en effet se targuer d'une production très variée, essentiellement en inox. Quant à l'avenir, il s'annonce plus réjouissant que par le proche passé. Cette année, le chiffre d'affaires devrait ainsi avoisiner les 700 millions de francs.
«Nous avions de gros investissements à rembourser et certains clients ont disparu. Mais cette année, le carnet de commandes redémarre bien», observe Sébastian Homberger. La PME, taillée pour rester de petite taille, entend poursuivre sa vocation de base: à savoir la mécanique de précision en petites séries. Et parmi les pièces plus «grand public» estampillées par Homberger SA: de faux rivets d'époque conçus lors de la rénovation de la gare de Lausanne.
De la pharma au dépannage
E. N.
Publié le 06 août 2006
Si de nombreux fleurons industriels romands ont disparu ces dernières décennies, et par conséquent un vivier de clientèle pour Homberger Mécanique SA, reste que les concurrents de l'atelier lausannois ont également fondu comme peau de chagrin. «Il arrive parfois aussi que des ex-collaborateurs d'une fabrique se mettent à leur compte et reprennent un ou deux secteurs. Et redeviennent par la suite des clients», note Georges Homberger.
Aujourd'hui, le principal client de la PME est actif dans la pharmaceutique. Ce fournisseur, qui équipe des multinationales telles que Novartis, pèse 50% du chiffre d'affaires du Lausannois. Parmi les produits phares de l'atelier, des vannes de prise d'échantillon utilisées par les laborantins. Le reste de la production est très varié et se destine aussi bien aux machines-outils, à l'imprimerie ou à tous autres types d'industrie (Tesa, Sapal…).
Parfois, l'atelier fournit également des pièces lors de dépannage d'ascenseur (pour Schindler). Les quantités peuvent aller de 10 à 20 pièces, exceptionnellement 100 à 200. Et la mécanique conduisant à tout, l'atelier se voit parfois demander d'élaborer des prototypes dans des secteurs très pointus tels la Formule 1, l'aérospatial, voire des filtres pour machines à café Nespresso. Des projets qui n'aboutissent pas forcément à des contrats de vente mais qui permettent aux mécaniciens, père et fils, de peaufiner leurs talents.
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